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Leçons de survie et de réussite du paysage entrepreneurial péruvien

Date de publication: 16 septembre, 2020
Auteur: Phebe Ferrer

Les micro, petites et moyennes entreprises (MPME) se taillent la part du lion dans les entreprises de la région Asie-Pacifique. Au sein du bloc de 21 membres de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC), les MPME représentent 97 % de l’ensemble des entreprises et emploient la moitié de la main-d’œuvre de la région.

Ce chiffre est encore plus élevé au Pérou, un pays du Pacifique situé aux mêmes latitudes que l’Australie et l’Indonésie, où 99,6 % des entreprises sont des MPME. Il s’agit pour l’essentiel de micro-entreprises employant d’un à dix salariés.

Les MPME sont alors des acteurs importants de la croissance économique du Pérou. En 2018, les MPME ont contribué à un cinquième du produit intérieur brut du Pérou, tout en constituant 94 % de toutes les entreprises exportatrices. L’exploitation du potentiel économique de ces entreprises est cruciale pour assurer la croissance continue du Pérou. Le gouvernement péruvien a d’ailleurs déclaré son engagement à développer les capacités des MPME. Comment les MPME vivent-elles alors le paysage entrepreneurial du Pérou et quels sont les obstacles qui les empêchent de réussir?

 

Graph showing map of Peru that shows the proportion of MSMEs
 

 

Pour comprendre les expériences des entrepreneurs péruviens, la Fondation Asie Pacifique du Canada (FAP Canada) a mené l’Enquête nationale 2020 sur les entrepreneurs et les MPME au Pérou par le biais du Projet APEC-Canada pour l’expansion du partenariat des entreprises, une initiative conjointe entre la FAP Canada et le secrétariat de l’APEC visant à favoriser la croissance économique et à réduire la pauvreté dans les économies en développement de l’APEC. Selon l’enquête nationale 2020, les deux obstacles les plus importants au succès des MPME péruviennes sont le manque de capitaux et les réglementations gouvernementales restrictives. En outre, de nombreux entrepreneurs ne connaissent pas les principaux programmes de soutien qui s’adressent aux MPME.

Avec un échantillon de 250 entrepreneurs, le Projet APEC-Canada pour l’expansion du partenariat des entreprises a mené des enquêtes en personne et par téléphone à la mi-2019 pour explorer les expériences sur le terrain des MPME péruviennes. L’échantillon de l’enquête reflète principalement les expériences des MPME de la province de Lima, de la région d’Arequipa et de la région de La Libertad.

Financement insuffisant et réglementations gouvernementales restrictives

Plus de la moitié des entrepreneurs interrogés a déclaré que l’accès au financement est un défi pour leurs entreprises, tandis que le tiers a déclaré qu’il constituait un obstacle important pour leurs activités. La question du financement a été constamment mentionnée par les entrepreneurs lors des ateliers de formation et des événements organisés par la FAP Canada à Lima à la mi-2019. Au moment de l’enquête, près de la moitié (43 %) des répondants ont déclaré qu’ils cherchaient un financement pour leurs MPME.

Bar chart showing the different barriers to MSME growth

Alors que l’accès au financement est un défi fondamental pour de nombreuses MPME péruviennes, la crise de la COVID-19 a fait de cet enjeu une question de survie. De nombreuses MPME risquent maintenant de fermer en raison des confinements et des autres restrictions imposées. Le gouvernement péruvien travaille avec les MPME pour résister aux impacts économiques négatifs de la pandémie grâce à des fonds de soutien comme Reactiva Peru, des subventions salariales pour les employés et des mesures d’allégement fiscal.

Quant aux réglementations gouvernementales, 59 % des personnes interrogées ont déclaré qu’elles constituaient un obstacle pour leur entreprise. Parmi les exemples précis que les entrepreneurs ont partagés, citons les longues procédures administratives, la bureaucratie municipale obstructive et la législation restrictive. Ces résultats indiquent que les entrepreneurs ont besoin de politiques gouvernementales plus favorables aux entreprises qui n’entravent pas leurs MPME, notamment en ce qui concerne la recherche de financement et d’autres enjeux.

Peu de connaissance des services de soutien aux MPME

La deuxième série de défis auxquels sont confrontées les MPME au Pérou concerne l’accès des entrepreneurs aux principales initiatives de soutien qui les aident à obtenir les financements nécessaires, l’aide à la navigation dans les réglementations gouvernementales et la formation au développement des entreprises, entre autres besoins.

Plus de la moitié des personnes interrogées ont déclaré ne pas connaître les initiatives de soutien telles que le fonds CRECER (un fonds parrainé par le gouvernement qui fournit des prêts et un financement direct aux MPME), le soutien technique spécialisé des centres d’innovation productive et de transfert de technologie (qui aident les MPME à adopter les nouvelles technologies numériques), ou les plateformes en ligne comme la trousse numérique Digital Kit du ministère de la Production (qui donne accès à des cours de développement commercial et à d’autres ressources en ligne).

Table showing the different perceptions of MSME support programs, institutions and initiatives

D’autre part, trois initiatives parrainées par le gouvernement se sont révélé être les plus connues et les plus appréciées des entrepreneurs, soit la plateforme en ligne Peruvian Entrepreneur, les Centres régionaux de développement des entreprises et l’initiative Innovate Peru, toutes fournies par le ministère de la Production. Ensemble, ces initiatives offrent une formation gratuite et des conseils aux entreprises pour les MPME par le biais de cours en ligne et de bureaux physiques. Innovate Peru tente également de rendre le financement plus accessible aux MPME par le biais de concours nationaux de subventions et de programmes comme le Fonds pour les MPME (Fondo MIPYME).

Comme le révèlent les résultats de l’Enquête nationale 2020, veiller à ce que les entrepreneurs aient connaissance de ces initiatives de soutien et y aient accès est déjà un défi permanent. Sur les 14 initiatives répertoriées dans l’enquête, seules quatre sont relativement bien connues des entrepreneurs. COFIDE a été reconnue par 70 % des entrepreneurs interrogés, 61 % ont nommé Innovate Peru, 60 % connaissaient les Centres de développement des entreprises et 53 % ont reconnu Peruvian Entrepreneur.

Comme les MPME n’ont d’autre choix que de s’adapter à la COVID-19, il est essentiel de les aider à passer des activités en personne aux activités numériques et à s’adapter à l’évolution de l’économie pour garantir leur survie. En particulier, comme l’accès aux services physiques n’est plus viable, les plateformes d’assistance en ligne deviennent plus essentielles. Pourtant, seul Peruvian Entrepreneur était connu des répondants, alors que d’autres services en ligne comme Digital Kit et Produce Virtual n’étaient connus que par 41 % et 44 %, respectivement, des répondants à l’enquête.

Ces résultats suggèrent qu’il existe des lacunes importantes dans l’accès aux différents programmes de soutien au Pérou, en particulier aux plateformes en ligne. Alors que la crise de la COVID-19 continue de toucher les MPME, il sera essentiel de combler ces lacunes pour assurer la réussite future des entrepreneurs.

Prochaines étapes

Avant la pandémie, les MPME péruviennes étaient confrontées aux défis fondamentaux que sont l’accès au financement, les réglementations gouvernementales restrictives et l’accès insuffisant aux programmes de soutien. En raison de la période de l’enquête, l’Enquête nationale 2020 sur les entrepreneurs et les MPME au Pérou n’a pas saisi l’impact plus récent de la COVID-19 sur les MPME. Toutefois, elle fournit un examen approfondi des obstacles préexistants qui sont maintenant exacerbés par la pandémie.

En réponse à ces défis, l’enquête formule plusieurs recommandations politiques à l’intention du gouvernement péruvien et d’autres acteurs de l’écosystème entrepreneurial du Pérou. Parmi celles-ci on note la nécessité de revoir le marketing et l’accessibilité des initiatives de soutien aux MPME et de réviser les politiques gouvernementales que les entrepreneurs ont désignées comme étant obstructives.

Bien que les conclusions de l’enquête puissent être contextuelles au Pérou, les problèmes de financement, les réglementations obstructives et le manque de services de soutien sont monnaie courante dans les économies de la région de l’APEC. L’étude du contexte entrepreneurial péruvien fournit des enseignements précieux pour les autres économies de l’APEC dont le secteur privé est également constitué principalement de MPME. En outre, les défis soulevés par cette enquête au Pérou sont semblables aux résultats d’autres enquêtes semblables menées en Indonésie, aux Philippines et au Vietnam, dans le cadre du Projet APEC-Canada pour l’expansion du partenariat des entreprises.

La compréhension de l’impact convergent de la pandémie et des défis actuels auxquels sont confrontées les MPME est essentielle pour éclairer les politiques destinées à aider les entrepreneurs à prospérer. À cette fin, le Projet APEC-Canada pour l’expansion du partenariat des entreprises continuera à réunir les décideurs politiques, les partenaires sur le terrain et les entrepreneurs autour de conversations sur ces sujets. Le Projet organisera une conférence-cadre virtuelle en 2021, qui réunira ses partenaires d’Indonésie, du Pérou, des Philippines, du Vietnam et de l’APEC, afin de faciliter le partage des connaissances entre les parties prenantes de la région. Ce faisant, le Projet espère rendre son travail durable et atteindre son objectif de renforcer les capacités des MPME et des femmes entrepreneures dans les économies en développement de l’APEC.

Les opinions exprimées ici sont celles de l’auteur et ne représentent pas nécessairement celles de la Fondation Asie Pacifique du Canada.

Phebe Ferrer
Phebe Ferrer

Phebe M. Ferrer est assistante de recherche sur les MSME au sein du Projet APEC-Canada pour l’expansion du partenariat des entreprises et chercheuse boursière adjointe à la Fondation Asie Pacifique du Canada. Elle vient d’obtenir une maîtrise du département de sciences politiques de l’Université de la Colombie-Britannique.